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La donne se complique sur le front des retraites

MARIE-CÉCILE RENAULT

PLUS LES SEMAINES passent depuis la réélection d’Emmanuel Macron et plus l’horizon s’assombrit, au point de compliquer la mise en œuvre de la réforme des retraites que le chef de l’État a promis aux Français pour son deuxième quinquennat. Et pour cause !

Le système de retraites est en effet très sensible aux aléas de la croissance : tout ralentissement économique qui engendre une baisse de la masse salariale se traduit, mécaniquement et immédiatement, par une chute des cotisations. La crise de 2008 a ainsi provoqué une perte de recettes de 9 milliards d’euros entre 2008 et 2014, selon le Conseil d’orientation des retraites (COR).

En fonction des hypothèses de croissance retenues – c’est la complexité des projections du COR -, le système se retrouve ainsi excédentaire ou déficitaire, avec la nécessité de prendre des mesures de redressement complémentaires.

Une croissance en berne creusant le déficit peut donc a prioriconforter Emmanuel Macron à agir. Le président de la République tient là sa justification pour relever l’âge de départ à 65 ans, mesure que l’opinion publique rejette en bloc.Pour autant, il faut distinguer court et moyen terme. « Si la guerre en Ukraine affecte de manière conjoncturelle la croissance à court terme, elle n’impacte pas la croissance de la productivité du travail à long terme, qui est fonction du progrès technique, de la formation des travailleurs, etc. », observe Frédéric Sève (CFDT).

En outre, si l’emploi se contracte sous l’effet d’une croissance faible, il risque d’être difficile de maintenir les seniors en poste trois ans de plus. « Déjà aujourd’hui, la moitié des personnes qui liquident leur retraite ne sont plus en emploi mais au chômage, en invalidité, au RSA », s’inquiète Michel Beaugas (FO).

« Sans croissance, si les seniors qui devaient partir restent, les entreprises ne pourront embaucher les jeunes », abonde Pierre Roger (CFE-CGC).

« C’est très soviétique comme approche : ce n’est pas parce qu’on signe un décret que les gens vont trouver du travail. Ça passe sous silence les besoins d’adaptation de l’économie sur l’insertion des jeunes, l’emploi des seniors, la formation tout au long de la vie », note Frédéric Sève.Bref, plus la situation économique est mauvaise, plus les bénéfices attendus d’un recul de l’âge de départ se feront attendre.

En période de croissance, le marché peut absorber plus d’actifs avec un effet positif pour les finances publiques. Mais, avec une croissance faible, il risque de s’accompagner d’un important « effet d’éviction » vers d’autres prestations sociales : chômage, invalidité, handicap, arrêts maladie… Une hausse progressive du chômage – qui risque de freiner les salaires, la consommation des ménages et par conséquent les recettes – pointait déjà en janvier une étude de l’OFCE.

Quant au surplus d’impôts et de cotisations espéré par Bercy, il risque d’être moindre. Bref, entre coûts cachés et gains incertains, le report de l’âge légal à 65 ans pourrait ne plus être – du moins à court terme – la panacée budgétaire attendue, censée rapporter 9 milliards d’euros sur le quinquennat pour réduire les déficits, revaloriser les petites pensions à 1 100 euros et financer des mesures sociales sur la dépendance, l’hôpital ou l’éducation…À cela s’ajoute l’accélération de l’inflation, qui va démultiplier la perte de pouvoir d’achat des retraités à l’œuvre depuis plusieurs années déjà. Le président de la République a bien promis une revalorisation de 4 % des pensions en juillet. Mais cette mesure revient encore à accroître le déficit des retraites… puisque, en face des pensions, les salaires, et donc les cotisations, n’augmentent pas d’autant.

« Si les salaires tardent à intégrer l’inflation, cela risque de poser un petit problème de trésorerie », souligne Frédéric Sève.« Face à ce décalage, si le gouvernement ne veut pas creuser le déficit, il risque de devoir augmenter le plafond de la Sécurité sociale sur lequel sont calculées les cotisations, afin que l’assiette de calcul soit plus large, indique Pierre Roger. Cela signifie que les actifs qui cotisent pour leur retraite future obtiendront moins. Les incidences sont nombreuses, entre celles qu’on voit immédiatement et celles, cachées, qui n’apparaîtront qu’à long terme. »

Compliqué par le retournement de conjoncture, le dossier retraites reste donc toujours aussi explosif sous Macron II que sous Macron I. « Cette réforme, beaucoup plus forte et violente que celle de 2019, risque d’arriver au même moment qu’une crise sociale, fruit d’une une crise économique sous-jacente » met en garde un expert.

Tout dépendra alors du poids politique du président réélu, de l’ampleur de sa majorité à l’Assemblée et surtout de la force de la contestation dans les rues qui lui est déjà promise. Le fameux troisième tour social…

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Publié par q8a88naxen

Conseil en stratégie d’entreprise Coaching

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